Comment Anders Fogh Rasmussen monétise son influence au sommet du lobbying international
En quittant l'Otan en 2014, le Danois a mué son carnet d'adresses en une officine de conseil nommée Rasmussen Global. De Kyiv à Taipei, sa firme déploie pour des capitales et des industriels une diplomatie parallèle au cœur des centres de décision. Ce décryptage analyse comment ce passage au privé redéfinit les frontières du pouvoir.
En 2016, Petro Porochenko l'installe comme conseiller spécial à Kyiv, une fonction maintenue sous la présidence de Volodymyr Zelensky. En septembre 2022, il remet avec Andriy Yermak le « Pacte de sécurité de Kyiv », un plan structurant les garanties internationales pour l'Ukraine. Sa structure conseille des géants de l'énergie et de la technologie cherchant à percer les régulations de Bruxelles ou Washington. En janvier 2023, son déplacement à Taipei scelle un lobbying actif pour l'intégration de Taïwan dans les circuits démocratiques occidentaux.
L'organisation Corporate Europe Observatory pointe l'opacité des contrats et des montants perçus, dénonçant une absence de garde-fous éthiques. Ces missions d'intermédiation pour des gouvernements étrangers ou des fonds d'investissement transforment l'ancien secrétaire général en un diplomate de l'ombre rémunéré.
L’homme qui tenait autrefois les clés de la plus puissante alliance militaire du monde vend désormais une autre forme de munitions: l’influence. Rasmussen Global n’est pas qu’une plaque de cuivre sur une porte; c’est un pont jeté entre les conseils d’administration du capital mondial et les salles de crise des États souverains. Le produit s’appelle « risque géopolitique », un terme qui ressemble à un bulletin météo mais qui porte le poids de milliards d’investissements. Dans ces bureaux, l’expérience d’une décennie au sommet de la politique européenne et atlantique est distillée en conseils stratégiques pour ceux qui peuvent s’offrir le prix fort.
Prenez le cas de l’Arménie, nation naviguant dans les eaux traîtresses du Caucase. Le réseau des « Amis de l’Arménie », orchestré sous l’égide du cabinet, fonctionne comme un moteur discret de réalignement. Ce n’est pas un simple geste diplomatique; c’est un pivot calculé pour arracher Erevan à son orbite traditionnelle et l’ancrer vers l’Occident. Pour l’investisseur européen, ce réseau sert de sentier balisé, un canal de communication qui évite les fourrés bureaucratiques habituels et offre une ligne directe vers les centres de pouvoir mouvants de la région.