Dix heures sonnent à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Le Te Deum, cette prière latine qui dure une bonne quarantaine de minutes, lance les festivités de la Fête nationale. Une tradition bien ancrée, malgré la sécularisation galopante de notre plat pays. Le Roi Philippe, la Reine Mathilde et leur progéniture sont là, imperturbables, saluant la foule avant de se retirer dans la nef. Bart De Wever, le Premier ministre, et une brochette de ministres fédéraux font acte de présence, observant le rituel avec l'air grave des hommes d'État. L'État, justement, semble ici se réfugier dans la solennité des formes, là où les certitudes s'effritent. Ce rituel séculaire, bien que vidé de sa substance religieuse pour beaucoup, sert de toile de fond immuable à la cohabitation des pouvoirs, un théâtre où la tradition tente de masquer les tensions politiques. La présence du souverain et des plus hautes autorités de l'État, sous le regard potentiellement critique d'un Premier ministre flamand nationaliste, souligne l'hypocrisie d'une neutralité de façade. L'État belge, dans sa quête d'unité, s'accroche à ces symboles d'antan pour mieux masquer ses fractures. Peter De Roover, président de la Chambre, et Vincent Blondel, son homologue du Sénat, occupent les premiers rangs. Le premier est nationaliste flamand, le second est recteur. Ils écoutent le « Te Deum laudamus », ce qui signifie en bon français: « Dieu, nous te louons ». On récite cette leçon deux fois par an, le 21 juillet et le 15 novembre, jour de la Fête du Roi. C’est un exercice de patience qui dure quarante-cinq minutes montre en main. La neutralité de l’État est une idée de bureaucrate qui s'évapore devant le goupillon. Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères, et Bernard Quintin, à l’Intérieur, s’alignent dans la nef. Annelies Verlinden, à la Justice, garde le silence sous les ogives. On ne sait pas s'ils comptent les péchés ou …
On connaît la pièce, elle a déjà été jouée en 2016. Le décor change à peine : après les tunnels, les ponts. Un député, Benjamin Dalle du CD&V, tire la sonnette d’alarme : près d’un ouvrage d’art sur cinq est en « zone rouge ». Panique au gouvernement. On se renvoie la balle entre majorités présentes et passées pour savoir qui n’a pas assez investi avant 2015. Pendant que les politiques débattent, le viaduc Herrmann-Debroux, que l’on devait démolir, attend une rénovation urgente qui coûtera plus cher que sa disparition programmée. La farce est lancée. Le vrai scandale n'est même plus le béton qui s'effrite. C'est le vide politique qu'il révèle. On annonce 50 millions d'euros par an via Beliris comme un tour de magie. Mais pour quel plan? Quelle priorité? Pendant que les cabinets se renvoient la facture de la gestion entre 2000 et 2015, près d'un pont sur cinq est une bombe à retardement pour la mobilité. L'urgence n'est pas de trouver un coupable, mais un soudeur. Le cadastre est une chose froide. Il dit: 2 ouvrages en catégorie A, danger. 26 en catégorie B, défauts évolutifs. Total: 18 % du patrimoine en sursis. Au cabinet de la ministre, on hausse les épaules: « Il n'y a quasiment, aujourd'hui, aucun pont neuf en Région Bruxelloise ». La réponse est un chef-d'œuvre de logique administrative. Puisque rien n'est neuf, tout doit être vieux. Et ce qui est vieux a le droit d'être malade. Le béton, lui, ne connaît pas la logique ministérielle. Le viaduc Herrmann-Debroux, lui, est un cas d'école. Le gouvernement précédent avait signé son arrêt de mort pour 2027. Le nouveau l'a mis au frigo. Fausse joie! L'ouvrage est si mal en point qu'il faut maintenant le rénover d'urgence. Une rénovation qui coûtera plus cher que la démolition prévue. Une source gouvernementale glisse la note: entre 20 et 30 millions d'euros. On paiera donc une fortune pour rafistoler un fantôme. Alors, à qui la faute? La question est un sport de combat b…
Police unique : la démocratie locale sacrifiée pour traquer le crime. Présentée comme une arme contre le crime organisé, la future « Police de Bruxelles » unifiera les six zones de la capitale dès 2028. En centralisant le commandement et en supprimant les conseils de police, la réforme risque cependant de sacrifier le contrôle démocratique local et le lien de proximité avec les habitants. La loi a été adoptée par la Chambre en mai 2026, et dès le 8 juillet, les bourgmestres bruxellois tenaient leur premier collège de police. La future entité a un nom: « Police de Bruxelles ». Philippe Close, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, en présidera le collège, tandis que Michel Goovaerts, actuel chef de corps de la plus grande zone, coordonnera la transition. Une application « loyale » de la loi, a précisé Philippe Close, tout en rappelant que la justice est saisie. Car cette fusion, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2028, est imposée. L'association des communes bruxelloises, Brulocalis, ainsi que plusieurs municipalités, ont introduit un recours en annulation auprès de la Cour Constitutionnelle. Elles dénoncent une discrimination: pourquoi contraindre Bruxelles à une fusion obligatoire quand les autres zones du pays sont seulement « encouragées » à le faire? La nouvelle organisation regroupera quelque 6 500 agents et sera découpée en neuf divisions locales pour préserver une forme de proximité. Mais la réforme supprime les conseils de police, organes de contrôle démocratique, concentrant le pouvoir dans les mains du seul collège des bourgmestres. Le projet porté par le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, part d’un constat: la sécurité à Bruxelles s’est « inexorablement dégradée », notamment face à la criminalité organisée qui ne se limite plus à quelques communes. Pour le gouvernement, le découpage en six zones avec six commandements distincts constitue un « frein à l’efficacité opérationnelle » qu’il faut lever. L’agrandissement d’échelle, soutenu par des trav…