La manœuvre est limpide: c'est une course aux surprofits qui s'affranchit du contrat social. Solidaris s'étouffe devant ces 200 millions d'euros de médicaments remboursés qui s'ajoutent aux deniers publics. On nous chante la « réorganisation » pour masquer un virage vers l'oncologie, plus juteuse que les vaccins. Luke Miels, depuis Londres, lance son plan « Accelerate Growth »: économiser 1,9 milliard de livres d'ici 2029 pour flatter la Bourse.
Tandis que Wavre s'enfonce dans l'angoisse, de l'autre côté de la Manche, on sabre le champagne pour un nouveau centre de recherche à Cambridge, un joyau de 400 millions de livres. On ferme Stevenage pour mieux se blottir contre les universités anglaises, pendant qu'à Dresde, en Allemagne, une usine de vaccins s'apprête à rayer 641 noms de ses registres d'ici l'été 2027. C’est une géographie du délestage: on lâche du lest en Europe continentale pour courir vers les clusters mondiaux.
Dans les couloirs de Rixensart, un invité invisible hante les bureaux de direction: l'intelligence artificielle. Amid Faljaoui y voit le premier grand plan social de l'ère algorithmique, où le logiciel remplace le cadre administratif et l'automate supplante le chercheur. C’est la « simplification » par le code, une mutation brutale qui rend obsolètes des carrières de trente ans en un clic de souris.
Le Premier ministre, Bart De Wever, plaide les circonstances atténuantes devant le sommet européen, pointant du doigt l'oncle Sam et le dragon chinois. Il raconte comment Washington oblige le groupe à investir sur le sol américain sous peine de voir ses vaccins refoulés à la frontière. Il fustige la concurrence de Pékin dans les essais cliniques, une lutte qu'il juge déloyale et massivement subventionnée. Selon lui, même les plus innovants perdent pied face à ces déséquilibres, forçant la Belgique à devenir une simple variable d'ajustement géopolitique.
La saignée ne s'arrêtera peut-être pas aux grilles de l'usine, car le syndicat Synova s'inquiète déjà des ombres qui s'activent dans l'arrière-boutique. On parle de centaines de travailleurs de l'ombre, ceux du nettoyage, de la cantine et de la sécurité, dont les contrats pourraient s'évaporer avec le départ des cadres. Le « bain de sang » social, pour reprendre le mot des délégués, menace d'éclabousser toute une chaîne de sous-traitance jusqu'ici ignorée des bilans comptables.
Pourtant, le groupe ne cesse de planter des drapeaux ailleurs, obtenant au Japon le premier feu vert mondial pour l'Hibsago, son traitement contre l'hépatite B. Au Canada, c'est une nouvelle présentation de son vaccin Shingrix qui vient d'être homologuée pour faciliter le travail des soignants dès 2027. Cette vitalité commerciale, Frédéric Druck de la fédération Essenscia la brandit pour justifier des incitants fiscaux qu'il juge indispensables à la survie du secteur.
Pour les 1 217 condamnés du Brabant wallon, le calendrier est désormais gravé dans le marbre: les 10 novembre, 24 novembre et 8 décembre seront les dates des prochaines confrontations entre syndicats et direction. La loi Renault entame sa ronde mécanique, entre consultation et espoir ténu de sauver quelques têtes avant les frimas de l'hiver.
Luke Miels orchestre ce grand ménage pour dégager 1,9 milliard de livres d’économies annuelles d’ici 2029. L'urgence est comptable: il faut muscler les marges avant que le dolutegravir, nerf de la guerre contre le VIH, ne tombe dans le domaine public dès 2028. À Rixensart, les drapeaux flottent déjà à mi-mât. Le contribuable belge contemple ce demi-milliard d'aides envolé dans les dividendes d'un empire qui n'a plus d'ancrage que financier.