J’écoute chanter la cigale à Paris et je sens enfin ce que la science échoue à dire
Vous n'avez pas rêvé, et moi non plus. Ce son strident, ce n'est pas la radio du voisin mais bien le chant des cigales, entendu à Paris, Malakoff ou Montreuil. Voilà dix ans que l'Agence régionale de la biodiversité observe l'insecte provençal en Île-de-France. On nous parle de records de température battus à Barcelone, de dômes de chaleur et de rapports scientifiques qui prouvent que le climat se dérègle. Mais ce bruit, lui, ne se prouve pas. Il s'éprouve. C'est la Provence qui monte à la capitale, non pas en TGV, mais sur les ailes du réchauffement. Une anomalie devenue la bande-son de nos étés.
Ce son est une brèche. Une fissure dans le mur des discours anxiogènes et des alertes scientifiques qui glissent sur nous sans nous atteindre. Car si tant de gens aiment la nature, pourquoi si peu aiment le discours écologique?
L’échec est là. Il faut donc changer de regard et développer une écologie de l'attachement: on ne protège que ce que l'on aime, ce qui nous touche au cœur. Le reste n'est que du bruit.
La science nous avait pourtant prévenus. Avec des chiffres, des graphiques et des projections. On nous a parlé de dômes de chaleur, de températures qui crèvent les 40°C en France et en Espagne, de plus de 2 000 morts en excès rien qu'en France lors de la canicule de juin.
Des corps retrouvés dans des appartements sans climatisation, dans des voitures, sur le trottoir. Mais la statistique a le cœur sec. Elle anesthésie.
Le chant de la cigale, lui, est une seringue d'adrénaline. Il ne dit pas le danger, il le fait sentir dans la moiteur du soir. C'est la différence entre un certificat de décès et le poids d'un corps.
Pendant ce temps, à Berlin, on se renvoie la balle. Le ministre de l'Environnement, Carsten Schneider, explique que l'adaptation au climat n'est pas son affaire, mais celle des municipalités. À Bruxelles, on débat gravement et on promet une « boîte à outils » pour promouvoir le volontariat chez les pompiers, alors que le continent brûle déjà.