Mercredi 7 octobre, Pierre Wunsch et Jean Deboutte ont sonné le tocsin devant le "kern". Le gouverneur de la Banque nationale et le directeur de l'Agence de la dette prévoient un emballement des intérêts dès 2028 sans un redressement de 10 milliards d'euros. Samedi, à 15 heures, la discussion a buté sur le détail chiffré de Bart De Wever: porter le taux de TVA à 22 %. David Clarinval a proposé de diviser l'effort en deux tranches annuelles de 5 milliards, une manœuvre balayée par les quatre autres partenaires.
Le climat s'est alourdi avec le dossier des treize étudiants gazaouis boursiers. Maxime Prévot dénonce un blocage du MR sur leur visa, malgré l'aval d'Anneleen Van Bossuyt. À 18 heures, les ministres ont acté l'impasse, rendant impossible la tenue du "State of the Union" ce mardi.
Au 16, rue de la Loi, les couloirs bruissent d’une querelle de chiffres que les initiés nomment la « ligne zéro ». Derrière ce jargon, les cabinets s'affrontent sur les recettes réelles face aux promesses de l'accord de gouvernement. Les estimations divergent de deux milliards d'euros, oscillant entre 2,3 et 4 milliards selon que l'on intègre ou non les effets du retour au travail et les politiques d'asile. C’est une arithmétique de tranchées. Jan Jambon, ministre des Finances, reconnaît qu’il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour accorder ces violons discordants.
Le vrai venin coule dans les veines de la sécurité sociale. La note De Wever suggère de raboter la norme de croissance des soins de santé, une perspective qui fait bondir les centristes et les socialistes flamands. Frank Vandenbroucke exige que les efforts pèsent sur les épaules les plus larges.
Vincent Van Peteghem observe ces tiraillements avec une réserve inquiète, actant des divergences qui interdisent tout atterrissage immédiat. On ne discute plus de gros sous. On pèse la survie d'un modèle social que certains jugent déjà à l'os.
Pour compenser l'austérité, Vooruit a sorti une arme de sa besace: la taxation des sociétés de management. C’est le prix réclamé par les socialistes pour accepter le menu de la N-VA. Le MR voit dans cette idée une nouvelle machine à broyer l'initiative privée, s'ajoutant à une TVA qu'ils jugent punitive malgré l'unification des taux réduits à 9 % et les gestes concédés pour l'horeca. Georges-Louis Bouchez refuse de voir la Belgique devenir un laboratoire fiscal. Ce dialogue de sourds se nourrit d'une méfiance où chaque concession ressemble à une reddition.
Le ciel international ne semble pas encore nous tomber sur la tête. L’agence Moody’s a maintenu la note A1 de la Belgique, offrant un répit paradoxal à un gouvernement au bord du précipice. Cette clémence des marchés financiers n’adoucit pas les humeurs.
Bart De Wever craint de devoir recourir au mécanisme des douzièmes provisoires, ce régime de survie administrative qui condamne l’État à ne dépenser que ce qu’il a engagé le mois précédent. Ce serait l'aveu d'une impuissance. La preuve que l'Arizona est un mirage incapable de produire un budget.
La tension a grimpé quand le Premier ministre a tenté de déminer le terrain avec son « startkader », une note de démarrage d'une demi-page. Un document flou, conçu pour ne braquer personne en ne chiffrant que les grands chapitres. La manœuvre a fait long feu. Les partenaires y ont vu un manque de souffle, un texte sans relief qui ignore les déséquilibres entre économies et recettes. Les intercabinets vont reprendre leur labeur de Sisyphe dès ce lundi, tentant de recoudre ce que les ministres ont déchiré samedi soir.
Mardi prochain, la tribune de la Chambre restera muette. L'annulation du « State of the Union » est désormais un fait acté par l'échec du kern de samedi soir. Ce silence à la tribune révèle une Arizona qui se déchire sur l'humain autant que sur le comptable. Maxime Prévot dénonce ouvertement une logique de « chantage » de la part du MR, accusé d'avoir sabordé un compromis sur le sort de treize étudiants gazaouis pourtant validé par les quatre autres partenaires de la majorité. Pour le ministre des Affaires étrangères, le mal est nommé: le blocage ne vient plus de la N-VA, mais de l'intransigeance libérale.
Cette fracture humanitaire pourrait bien être le coup de grâce pour une cohésion déjà moribonde. Si le dialogue ne reprend pas un cours constructif ce dimanche, le pays basculera dans une crise politique que les Engagés n'excluent plus formellement. Le risque est de voir la Belgique privée de vision budgétaire au moment où l'endettement menace de devenir irrésorbable sans une perte de prospérité considérable. Sans un socle commun, l'Arizona ne sera plus qu'un gouvernement de gestion d'affaires courantes qui ne dit pas son nom, incapable de répondre aux exigences de redressement fixées par les argentiers du royaume.