Le calendrier des hostilités est désormais gravé: les 10 novembre, 24 novembre et 8 décembre scelleront le sort des sacrifiés. La direction a détaillé sa sentence le 14 octobre 2026, visant 482 employés et 735 cadres, une saignée parmi les cerveaux qui a jeté les ouvriers dans la solidarité. Karim Aifa, témoin de trente ans de vie industrielle, n'avait jamais vu une telle foule massée devant les grilles de Wavre.
Quatre mois après la visite de Bart De Wever, les sites sont restés bloqués vingt-quatre heures durant, forçant les transporteurs étrangers à faire demi-tour devant les cornes de brume. À Rixensart, pôle de recherche abritant 1 700 travailleurs, les drapeaux ont été mis en berne dès le jeudi matin. Un préavis de grève à durée indéterminée pèse désormais sur les 8 500 salariés belges du groupe.
- *L'argent public au service du dividende** Regardez ces coffres qui débordent. GSK Biologicals, le joyau des vaccins, affiche 2,4 milliards d’euros de bénéfice net pour l’exercice 2025.
C’est une fortune colossale. L’État belge, par une générosité qui laisse songeur, a versé 481 millions d’euros d’incitants financiers et de cadeaux fiscaux la même année. S’y ajoutent 200 millions d’euros injectés par la sécurité sociale pour le remboursement des remèdes maison. Gilles Vanden Burre, le coprésident d’Ecolo, s’étrangle devant cette "double injustice": on arrose le géant d'argent public pour qu'il finisse par mordre la main qui le nourrit.
La direction invoque un plan au nom évocateur: "Accelerate Growth". L'objectif est sec: économiser 1,9 milliard de livres sterling chaque année d'ici 2029. Pour financer quoi?
La recherche. Et voilà que 735 cadres actifs précisément dans ce domaine sont poussés vers la sortie en Belgique. Luke Miels, le grand patron, préfère parler de simplification de l'organisation et de réallocation de capital. C’est le jargon de la City. On ne s’y embarrasse guère de la sueur des techniciens de Wavre ou de Gembloux.
Le sacrifice des cerveaux par algorithme
Une ombre s'invite dans les laboratoires: l'intelligence artificielle. Amid Faljaoui le pressent, nous assistons au premier grand sacrifice humain sur l'autel des algorithmes. L'IA redessine les brevets, accélère la découverte et rend les cerveaux belges superflus aux yeux des planificateurs de Londres. Pendant que les machines moulinent, GSK abandonne le camlipixant, un traitement contre la toux chronique jugé trop peu efficace après des essais de phase III. Cette seule décision coûte 1,3 milliard de livres de dépréciation comptable au groupe.
Le vent tourne partout en Europe. À Dresde, en Allemagne, l'usine de vaccins fermera ses portes à l'été 2027, menaçant 641 travailleurs. En Angleterre, le centre historique de Stevenage subit le même sort, les activités migrant vers un pôle rutilant à Cambridge pour 400 millions de livres.
Le groupe délaisse la production classique. Il se rue vers l'oncologie, là où les prix s'envolent. C’est la loi d’airain: on déserte les secteurs utiles pour courir après les traitements les plus rentables.
Au sommet de l'État, Bart De Wever pointe les oukases de Washington et la concurrence chinoise "massivement subventionnée". Selon lui, le président américain force les firmes à investir aux États-Unis. De son côté, David Clarinval, ministre de l'Emploi, défend les stimuli fiscaux pour la recherche, assurant qu'ils sont le seul rempart contre une fuite totale des capitaux. Pour Solidaris et le Setca, le diagnostic est sans appel: nous finançons une course aux surprofits au détriment de l'activité productive.
L’onde de choc ne s’arrête pas aux badges désactivés. Le syndicat Synova prévient: des centaines de nettoyeurs, de cuisiniers et d’agents de sécurité travaillant en sous-traitance vont disparaître dans les replis de cette restructuration. Pour les rescapés, le gouvernement n'avance qu'une bouée de secours dérisoire: le "droit au rebond", une unique période de six mois d'allocations après démission. À Rixensart, les drapeaux en berne signalent plus qu'un deuil social; ils marquent l'épuisement d'un modèle pour l'industrie nationale.
Le mal est structurel. La plupart des laboratoires ont désormais placé leurs investissements belges en mode "pause". Le pays décroche face à la vélocité de la recherche asiatique.
Cette cure d'austérité anticipe surtout le choc de 2028, année où le brevet du dolutegravir tombera dans le domaine public. Pour protéger ses dividendes futurs, le groupe standardise à outrance, comme le montre le déploiement au Canada d'une seringue pré-remplie pour le Shingrix simplifiant l'administration vaccinale. L'expertise humaine s'efface devant le produit prêt à l'emploi.