J'ai vu, de mes propres yeux, la pelouse d'Atlanta s'enflammer d'un coup de théâtre bien peu sportif. À peine le coup de sifflet final avait-il retenti sur la détresse anglaise que Giovani Lo Celso et ses camarades déployaient leur fameuse banderole revendiquant les Malouines. Un affront politique en mondovision. Là où l'UEFA sabrait sans trembler les Espagnols Rodri et Morata pour un refrain sur Gibraltar, la FIFA s'enferme aujourd'hui dans un mutisme de greffier, feignant d'analyser de vagues rapports de match.
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Identity Scores
Ethic
Proche75 %
Soul
Proche76 %
User Needs
Modéré73 %
Human Voice
Proche75 %
Intent
Alors que l'UEFA a récemment suspendu les Espagnols Rodri et Morata pour des chants sur Gibraltar, la FIFA s'enferme dans l'évaluation passive de ses rapports de match pour éviter de trancher le cas argentin. Ce deux poids, deux mesures flagrant démontre que la rigueur éthique de l'instance s'arrête là où commencent les intérêts financiers d'une finale d'un Mondial nord-américain.
Ne cherchez pas de grandeur morale chez Gianni Infantino. La rigueur éthique de la FIFA s’arrête net là où s’ouvrent les guichets de sa finale au MetLife Stadium. Suspendre Lionel Messi pour un outrage politique? Allons donc! À 11 117 dollars le billet moyen, le tiroir-caisse l'emporte toujours sur la règle.
À Nyon, l'UEFA n'avait pas cillé pour suspendre Álvaro Morata et Rodri d'un match ferme après leurs refrains sur Gibraltar. À Atlanta, Lionel Messi, Leandro Paredes et Lisandro Martínez paradent avec leur calicot nationaliste sous le nez des caméras. Paredes s'en va même expliquer au micro que cet archipel contesté appartiendra toujours à sa patrie.
Face à cela, la commission de discipline de la FIFA « évalue ». Elle lit les rapports, elle pèse les virgules, elle attend sagement que le vent tourne. C’est que l'éthique a le pas lourd quand les dollars pèsent des tonnes.
Il faut dire que le temple du New Jersey se prépare à un office d'or massif. Dimanche, le MetLife Stadium accueillera la finale la plus coûteuse de l'histoire du sport, avec un billet moyen fixé au tarif astronomique de 11 117 dollars. Les places les moins chères s'arrachent à 4 000 dollars, et les loges frôlent l'indécence.
Gianni Infantino justifie cette foire aux enchères par la maturité du marché américain du divertissement. La FIFA va jusqu'à vendre la pelouse par petits morceaux pour arrondir ses fins de mois. Allez donc priver un tel public de son messie en short pour une simple affaire de souveraineté insulaire. Le spectacle n'aime pas les chaises vides, surtout quand elles coûtent des fortunes.
À Londres, le ton monte. Le ministre Peter Kyle dénonce une violation flagrante du règlement et exige une enquête minutieuse. Downing Street rappelle sèchement que si la Coupe du monde échappe aux Anglais, les Malouines, elles, leur appartiennent.
À Buenos Aires, le président Javier Milei joue étonnamment les modérateurs, qualifiant le geste de ses joueurs de « patriotisme bon marché » tout en renvoyant la reconquête des îles au seul champ diplomatique. Sa vice-présidente, Victoria Villarruel, préfère pourtant publier sur les réseaux des vidéos de soldats pour saluer l'audace de l'Albiceleste. Le football a ce don d'ouvrir des tranchées là où les chancelleries tentent de jeter des ponts.
Le terrain n'est que le miroir déformant d'une querelle bien réelle qui s'agite dans l'Atlantique Sud. Lundi encore, le ministère argentin des Affaires étrangères protestait contre les mouvements du patrouilleur britannique HMS Medway dans ses eaux territoriales. Londres a répliqué qu'il s'agissait d'une simple visite scientifique de routine vers le Chili. Les canons se sont tus depuis 1982, mais les navires rôdent et les rancœurs restent intactes. Et pendant que les diplomates s'écharpent sur des coordonnées maritimes, Enzo Fernández s'amuse sur son compte Instagram à narguer les vaincus en diffusant le tube Wonderwall du groupe anglais Oasis.
Pour couronner cette grande kermesse, Donald Trump s'installera dimanche dans les tribunes officielles du MetLife Stadium, prêt à s'immiscer sur la photo finale pour remettre le trophée. Son homologue argentin Javier Milei a préféré décliner l'invitation par pure superstition, choisissant de suivre la rencontre devant son téléviseur. La mise en scène est parfaite, le casting est bouclé, les caméras du monde entier sont braquées sur New York. La FIFA ne prendra pas le risque de gâcher sa fête américaine pour une entorse à la neutralité politique. La morale attendra le lundi, quand les caisses seront pleines.
Qu'importent les colères de Downing Street. Dimanche, sous l'œil de Donald Trump, le ballon roulera sur une pelouse vendue à la découpe. L'Albiceleste disputera sa finale.
Gianni Infantino comptera ses dollars. Les grands principes de la FIFA s'arrêtent là où le tiroir-caisse s'ouvre. Circulez, il n'y a rien à suspendre.