La fièvre a débuté à Liège. Depuis le 1er octobre, les autorités y ont comptabilisé 194 interpellations, dont 114 mineurs. Le jeudi 8 octobre, un coup de carabine à plomb a claqué près de la foire d'octobre, blessant deux étudiants dans le cortège. Le bourgmestre Willy Demeyer a aussitôt verrouillé la cité: interdiction de se rassembler à plus de trois sur le pavé.
À Bruxelles, les grilles de l’ULB au Solbosch ont été cadenassées dès 5 heures du matin. Vers 10 heures, des centaines de jeunes vêtus de noir ont investi le Mont des Arts avant même le signal du départ. À la gare du Midi, au coin de la rue d’Angleterre, un bus de la STIB a été éventré, tandis que la députée Rajae Maouane finissait bousculée au sol lors d'une charge policière.
Le jeudi 8 octobre, à Paris, le député Louis Boyard s'opposait aux sommations devant une université boulonnée. Dans la capitale belge, le bilan provisoire affiche 21 arrestations, dont 13 mineurs.
L’arithmétique de l’Arizona est un col hors catégorie, dit-on au sommet de l’État. C’est une machine à calculer qui cherche dix milliards d’euros là où le déficit national en affiche déjà trente-trois. Pour Sylvia Zanchetta, enseignante venue d’Ath, la réalité ne tient pas dans un grand livre de comptes, mais dans la surcharge administrative qui étouffe les professeurs et dans les cantines scolaires qui se vident. On discute de trajectoires budgétaires pendant que des travailleuses comme Laurie Deroeux, aide familiale, expliquent qu'elles ne rentrent plus dans leurs frais à cause du prix de l'essence. Pour ces manifestants, on travaille désormais pour payer ses factures.
Au siège des Engagés, Yvan Verougstraete a joué la franchise devant la délégation syndicale: « Je préfère un peu plus de TVA et moins de charges sur le travail qu'inversement ». C’est l’aveu d’un système qui déplace la ponction sans jamais lâcher le contribuable. Le président du parti refuse les promesses « monts et merveilles », préférant la nécessité du dialogue à la table du conclave. Pendant ce temps, la N-VA reste sourde, portes closes, refusant même de recevoir les témoignages de détresse que la CSC souhaitait lui remettre.
À Liège, la Foire d’octobre a pris des airs de camp retranché. Les forains se sont massés aux entrées, armés de battes de baseball et de barres de fer, pour « défendre leurs petits commerces » contre la jeunesse. Ils font du bruit pour marquer leur territoire et empêcher les agitateurs d'entrer sur le champ de foire.
Depuis le début du mois, la police liégeoise comptabilise 43 agents blessés dans ces face-à-face. Pour éteindre l'incendie, le pouvoir a sorti l'ordonnance de fer: à deux, vous discutez; à quatre, vous êtes un péril public. C’est la mathématique de l’ordre.
La police bruxelloise, elle, a fait son inventaire: cocktails Molotov, essence, couteaux et marteaux saisis dans les sacs. Elle s'inquiète de ce matériel qui aurait pu servir à la violence. Mais du côté des manifestants, on s'inquiète d'une autre mécanique: la « nasse ». Selena Carbonero Fernandez, secrétaire générale de la FGTB, décrit ce piège qui consiste à enfermer tout le monde dans une rue sans laisser d'issue, jusqu'à ce que les pacifiques se retrouvent bloqués avec les émeutiers. Pour elle, le rôle de l'uniforme est de garantir la sécurité du droit de manifester, pas de le mettre en boîte.
Valérie Glatigny propose désormais d'ouvrir un « espace de dialogue » au sein de chaque école pour faire remonter les préoccupations. C'est une soupape pour laisser siffler la vapeur sans toucher au budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Georges-Louis Bouchez, lui, préfère exiger le report de la marche pour « neutraliser les casseurs » et protéger l'État de droit. La rue, elle, voit des milliards investis dans l'armement alors que les tarifs sociaux s'évaporent et que le minerval du supérieur s'apprête à bondir. C'est le message de la Belgique d'en bas: on ne soigne pas le désespoir étudiant par des autopompes.
La suite est gravée au fer rouge sur le calendrier: la semaine du 23 novembre. Si le conclave de l'Arizona franchit les lignes de l'index ou de la TVA, la FGTB actionnera le levier de la grève générale. C’est le prix du silence gouvernemental. Pendant que l'on traque les milliards au fédéral, la Fédération Wallonie-Bruxelles a déjà bouclé son budget 2027, imposant 20 millions d'euros d'économies à la RTBF d'ici 2029. On cherche l'équilibre en coupant dans le service public, tout en promettant 14 millions pour l'accompagnement des élèves du secondaire.
Le péril est générationnel. Avec 13 mineurs parmi les 18 arrestations judiciaires à Bruxelles, le système affronte des visages qui ne craignent plus les sommations. Si les arbitrages d'octobre ignorent cette colère, le « premier avertissement » pourrait muer en un embrasement social durable. On ne soigne pas le désespoir d'une jeunesse par des arrêtés de police à Liège. Le pouvoir a désormais une date butoir: le 23 novembre, le pavé ne se contentera plus de défiler.