Le latin du Te Deum nargue la neutralité de l'État sous le regard de Bart De Wever
Dix heures sonnent à la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule. Le Te Deum, cette prière latine qui dure une bonne quarantaine de minutes, lance les festivités de la Fête nationale. Une tradition bien ancrée, malgré la sécularisation galopante de notre plat pays. Le Roi Philippe, la Reine Mathilde et leur progéniture sont là, imperturbables, saluant la foule avant de se retirer dans la nef. Bart De Wever, le Premier ministre, et une brochette de ministres fédéraux font acte de présence, observant le rituel avec l'air grave des hommes d'État. L'État, justement, semble ici se réfugier dans la solennité des formes, là où les certitudes s'effritent.
4 min de lecture
Identity Scores
Ethic
Modéré74 %
Soul
Modéré74 %
User Needs
Modéré72 %
Human Voice
Modéré73 %
Intent
Cet angle explique pourquoi cette prière latine reste le point de départ incontournable de la fête nationale malgré la sécularisation. Il décrypte la cohabitation entre les autorités religieuses, la famille royale et un gouvernement dirigé par Bart De Wever, illustrant la tension persistante entre tradition séculaire et neutralité de l'État.
Ce rituel séculaire, bien que vidé de sa substance religieuse pour beaucoup, sert de toile de fond immuable à la cohabitation des pouvoirs, un théâtre où la tradition tente de masquer les tensions politiques. La présence du souverain et des plus hautes autorités de l'État, sous le regard potentiellement critique d'un Premier ministre flamand nationaliste, souligne l'hypocrisie d'une neutralité de façade. L'État belge, dans sa quête d'unité, s'accroche à ces symboles d'antan pour mieux masquer ses fractures.
Peter De Roover, président de la Chambre, et Vincent Blondel, son homologue du Sénat, occupent les premiers rangs. Le premier est nationaliste flamand, le second est recteur. Ils écoutent le « Te Deum laudamus », ce qui signifie en bon français: « Dieu, nous te louons ».
On récite cette leçon deux fois par an, le 21 juillet et le 15 novembre, jour de la Fête du Roi. C’est un exercice de patience qui dure quarante-cinq minutes montre en main. La neutralité de l’État est une idée de bureaucrate qui s'évapore devant le goupillon.
Maxime Prévot, ministre des Affaires étrangères, et Bernard Quintin, à l’Intérieur, s’alignent dans la nef. Annelies Verlinden, à la Justice, garde le silence sous les ogives. On ne sait pas s'ils comptent les péchés ou les voix électorales.
Dehors, des centaines de curieux s’agglutinent sur le parvis. Ils attendent le bain de foule, pas la bénédiction. C’est une pièce de théâtre où le public ignore le texte mais admire les uniformes.
La monarchie se démultiplie pour ne fâcher personne. La princesse Astrid et le prince Lorenz sont à Liège, en la cathédrale Saint-Paul. Le prince Laurent et la princesse Claire ont mis le cap sur Hasselt, à Saint-Quentin.
On répartit le prestige sur tout le territoire. C’est le service après-vente de la couronne. On distribue les sourires comme on distribue les bons points, d'une province à l'autre.
À midi, le folklore bouscule la liturgie. Septante-cinq Gilles de Strépy-Bracquegnies feront tinter leurs grelots dans le quartier Royal. Ils paradent en « grande tenue », quatre ans après le drame du chauffard qui a endeuillé leur carnaval. La joie est une discipline qu'on s'impose à coups de sabots sur le pavé. On danse pour oublier que la justice est parfois plus lente que la procession.
Au Sablon, on célèbre le moteur. Six générations de bus racontent cent ans de bitume bruxellois. Un modèle électrique dernier cri nargue les ancêtres du Musée du Tram.
C’est le centenaire du bus dans la capitale. Le progrès roule sur des pneus neufs, mais il s'arrête toujours devant les églises. On a changé de chevaux, pas de direction.
On prépare aussi la Coupe du monde de hockey qui se jouera à Wavre en août. Un terrain de street hockey a poussé dans le parc de Bruxelles pour l'occasion. De la blague!
La jeunesse se moque du latin. Elle veut de la vitesse, des crosses et des scores. Le sacré se déplace vers les stades.
On attend désormais les avions de chasse. Trente-quatre F-35 pour 4,5 milliards d'euros. C'est le prix pour surveiller les nuages pendant que les hommes prient au sol.
Les premiers exemplaires sont arrivés à Florennes l'automne dernier. La Défense va même montrer ses drones. Le ciel n'appartient plus aux anges.
Theo Francken et David Clarinval désertent les stalles pour la Place des Palais, où les F-35 et les drones américains s'apprêtent à couvrir le souvenir des psaumes. Le Roi s'accorde vingt minutes de mains tendues sous le porche avant que la "Belgian Party" ne noie le latin dans les lasers de Netsky. Le protocole est sauf. Ce soir, au Cinquantenaire, trois cent cinquante drones remplaceront les anges. C'est une piété qui finit en boîte de nuit.