On connaît la pièce, elle a déjà été jouée en 2016. Le décor change à peine: après les tunnels, les ponts. Un député, Benjamin Dalle du CD&V, tire la sonnette d’alarme: près d’un ouvrage d’art sur cinq est en « zone rouge ». Panique au gouvernement. On se renvoie la balle entre majorités présentes et passées pour savoir qui n’a pas assez investi avant 2015. Pendant que les politiques débattent, le viaduc Herrmann-Debroux, que l’on devait démolir, attend une rénovation urgente qui coûtera plus cher que sa disparition programmée. La farce est lancée.
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Dix ans après la crise des tunnels, Bruxelles est au bord d'une nouvelle crise infrastructurelle avec ses ponts. Malgré les alertes et les budgets annoncés, les querelles politiques sur les responsabilités des gouvernements passés et présents masquent l'urgence d'un plan clair, menaçant de paralyser les axes vitaux de la capitale.
Le vrai scandale n'est même plus le béton qui s'effrite. C'est le vide politique qu'il révèle. On annonce 50 millions d'euros par an via Beliris comme un tour de magie.
Mais pour quel plan? Quelle priorité? Pendant que les cabinets se renvoient la facture de la gestion entre 2000 et 2015, près d'un pont sur cinq est une bombe à retardement pour la mobilité. L'urgence n'est pas de trouver un coupable, mais un soudeur.
Le cadastre est une chose froide. Il dit: 2 ouvrages en catégorie A, danger. 26 en catégorie B, défauts évolutifs.
Total: 18 % du patrimoine en sursis. Au cabinet de la ministre, on hausse les épaules: « Il n'y a quasiment, aujourd'hui, aucun pont neuf en Région Bruxelloise ». La réponse est un chef-d'œuvre de logique administrative.
Puisque rien n'est neuf, tout doit être vieux. Et ce qui est vieux a le droit d'être malade. Le béton, lui, ne connaît pas la logique ministérielle.
Le viaduc Herrmann-Debroux, lui, est un cas d'école. Le gouvernement précédent avait signé son arrêt de mort pour 2027. Le nouveau l'a mis au frigo.
Fausse joie! L'ouvrage est si mal en point qu'il faut maintenant le rénover d'urgence. Une rénovation qui coûtera plus cher que la démolition prévue. Une source gouvernementale glisse la note: entre 20 et 30 millions d'euros. On paiera donc une fortune pour rafistoler un fantôme.
Alors, à qui la faute? La question est un sport de combat bruxellois. Benjamin Dalle pointe les majorités d'avant.
Le cabinet d'Elke Van den Brandt renvoie la facture au sous-investissement chronique d'avant 2015. En coulisses, on siffle la fin du match: c'est l'ancienne ministre CD&V, Brigitte Grouwels, qui n'aurait pas assez investi, forçant son successeur à tout miser sur les tunnels. Le même CD&V qui, aujourd'hui, s'inquiète. Piquant. À Bruxelles, le passé n'est pas un souvenir, c'est un gourdin.
L'argent, pourtant, arrive. Cinquante millions d'euros par an, via Beliris. Mais un chèque n'est pas un plan.
« Quelle est la planification concrète? », demande Benjamin Dalle. On lui répond par un calendrier: des cahiers des charges dans les prochaines semaines, un nouveau Plan Pluriannuel à l'automne.
Une source interne au gouvernement a déjà fait le calcul: « On ne peut pas tout régler avec les budgets actuels ». On promet un agenda. D'ici là, on demande aux ponts de bien vouloir patienter.
Le gouvernement promet donc un plan pour l'automne. En attendant, le béton n'a pas besoin de communiqué de presse pour continuer son œuvre. Il travaille sans majorité, sans budget et sans attendre la prochaine commission parlementaire. La seule chose qui ne soit pas fissurée, à Bruxelles, c'est la certitude de la prochaine crise.