Tee-shirt noir et baskets blanches, le patron de Combat Media déboule sur l’estrade le 22 août 2026. Cet ancien du cabinet de Dominique Strauss-Kahn, diplômé de l’ENA, ne se contente plus de négocier les créances de la Grèce ou de l’Ukraine. Devant un millier de militants, il certifie désormais la viabilité économique du programme insoumis, décrivant une France entrée en zone « prérévolutionnaire ».
La manœuvre s’est accélérée en mai 2026, lors d’un échange à l’Hôtel Providence où il glissait à Olivier Faure sa disponibilité pour le premier rôle. Entre deux restructurations de dettes souveraines, le propriétaire de Radio Nova, des *Inrocks*, du journal le Monde participait à l'université d'été de la France Insoumise. L'occasion de prendre à revers le monde de la finance en assénant: "ce que vous dites à LFI, c’est possible, économiquement" au sujet de la sortie de Jean-Luc Mélenchon qui avait promis, quelques jours plus tôt de "foutre au feu" la dette française.
Jordan Bardella a dégainé sur le réseau social X, fustigeant une « économie pour les nuls » et accusant le banquier de raconter n'importe quoi. Pour le patron du Rassemblement national, l'idée d'effacer les créances détenues par la Banque de France est une illusion comptable: l'institution appartenant à l'État, les intérêts qu'elle perçoit lui reviennent déjà sous forme de dividendes. Pigasse ne désarme pas et renvoie l'eurodéputé à l'étude du bilan de l'Eurosystème, où dorment près de 700 milliards d'euros de titres souverains français. « Qui décide de ce que nous faisons de notre argent? Nous », tranche-t-il, balayant la peur des investisseurs privés.
L'argumentation du financier repose sur un pivot: préférer l'examen du patrimoine national à celui des flux budgétaires. L'économiste Michel Ruimy rappelle pourtant que les marchés ne prêtent pas sur un stock de richesse théorique, mais sur une capacité de remboursement future. La France, lestée d'une dette de 3 460,5 milliards d'euros fin 2025, voit son taux d'intérêt grimper à 4,1 %, un sommet ignoré depuis la crise de 2008. Gabriel Attal, de son côté, agite le spectre d'une rupture de confiance qui paralyserait le financement des services publics et du modèle social.
Cette assurance technique, Pigasse la puise dans ses missions de restructuration en Argentine ou au Venezuela. C'est d'ailleurs à Caracas qu'il aurait scellé son lien avec Jean-Luc Mélenchon, en lui présentant Hugo Chavez. Le tribun insoumis lui aurait alors soufflé l'idée d'acquérir des médias pour mener la bataille des idées. Sous sa coupe, Radio Nova a connu une explosion d'audience, devenant le porte-voix d'un engagement qui sidère le milieu de la bande FM.
Le banquier se rêve désormais en « ministre du truchement », ce pont indispensable entre la radicalité politique et la réalité des marchés. Sa stratégie consiste à s'installer comme le seul capable de parler aux détenteurs de capitaux tout en siégeant à la table des Insoumis. Il prépare pour l'automne un ouvrage intitulé *Tout est Possible*, tout en multipliant les conciliabules avec les chefs socialistes, écologistes et communistes. Pour Manuel Bompard, ce ralliement d'un grand nom de la finance offre une caution inattendue: quand Pigasse prône la hausse du Smic, la mesure gagne instantanément en crédibilité auprès de l'opinion.
L'offensive de charme se heurte néanmoins aux rapports du FMI et de la Cour des comptes, qui jugent la trajectoire budgétaire française de moins en moins soutenable sans un effort de 125 milliards d'euros d'ici 2032. Marine Le Pen dénonce des taux d'emprunt records et promet de « nettoyer les écuries d’Augias ». La charge de la dette, qui avoisine déjà les 75 milliards d'euros par an, pourrait atteindre la barre symbolique des 100 milliards à l'horizon 2030.
Pigasse ne s'arrête pas à la Drôme; on l'attend déjà aux universités d'été du Parti socialiste pour achever son tour de piste des gauches. Dans le secret de l'Hôtel Providence, il a déjà glissé à Olivier Faure être « prêt » pour l'aventure, tout en s'interdisant la moindre critique publique envers le chef des Insoumis. Son siège au conseil de surveillance du journal *Le Monde* complète ce dispositif, lui offrant un balcon sur la mêlée médiatique avant ses prochaines salves.
Une accession au pouvoir dessinerait une manœuvre en quatre temps: s'installer à Bercy pour rassurer les coffres-forts, puis claquer la porte après deux ans en dénonçant des « excès » afin de retrouver sa place parmi les siens. Cette trajectoire, que certains comparent à la furtivité d'un « 38 tonnes repeint en fluo », rappelle celle d'un certain Emmanuel Macron. Cela dit, avec un pouvoir d'achat en baisse, les finances de la France sont un sujet sérieux. Le péril n'est plus seulement financier, mais civil: une mobilisation forcée de l'épargne des ménages pour éponger les créances de l'État pourrait déclencher des troubles à l'ordre public sans précédent.