Le départ à la retraite d'Yves Gérard, patron de la RMB depuis 25 ans, fin juillet 2026, a ouvert la chasse à sa succession. Massimo Papa, directeur général adjoint, occupe la fonction par intérim. La procédure de recrutement est gérée par Patricia Brijnaert, directrice financière, qui est aussi la belle-sœur de M. Papa.
Le 24 juin 2026, le chef de la comptabilité et subordonné de Mme Brijnaert, a envoyé un courriel à tous les employés de la RMB, les invitant à soutenir "volontairement" la candidature de Massimo Papa avant le 1er juillet. Cette démarche, inaccessible aux candidats externes, a créé un malaise en interne. Parallèlement, l'accord signé en janvier 2026 avec France Télévisions pour la commercialisation de ses espaces publicitaires en Belgique a provoqué une "crise majeure" chez les médias privés belges francophones.
Le "volontaire" soutien à Massimo Papa, orchestré par le chef de la comptabilité, résonne étrangement quand on sait que la directrice financière Patricia Brijnaert, belle-sœur du candidat, gère aussi la procédure de recrutement. Une situation qui, en interne, ne manque pas de piquant. Mme Brijnaert, réputée pour un management "tyrannique", avec des allégations de "propos racistes" et de "harcèlement" de ses employés, même si aucune plainte officielle n'a été déposée, installe un "climat délétère".
Les employés, invités à signer une pétition de soutien, se retrouvent devant un choix cornélien: approuver le candidat de la direction ou risquer d'être "identifiés par leur abstention". Un bel exemple de "volontariat" sous contrainte. Pendant que l'on s'affaire à ces délicates manœuvres de succession, la RMB affiche des chiffres qui méritent un coup de loupe: en 2025, le chiffre d'affaires s'élevait à 106 millions d'euros, pour un résultat net de 1,85 million.
L'année précédente, 2024, voyait 112 millions de chiffre d'affaires et 2,43 millions de bénéfice net. Des marges qui ne font pas rêver les banquiers de la Fédération Wallonie-Bruxelles, laquelle débourse près de 400 millions d'euros chaque année pour le fonctionnement de la RTBF. Une entreprise publique, censée être un modèle de gestion, se contente de miettes de profit.
Cette gestion, certains la trouvent déjà bien trop audacieuse. L'accord de janvier 2026 avec France Télévisions, qui permet à la RMB de commercialiser ses espaces publicitaires en Belgique, a mis le feu aux poudres. Pour les médias privés francophones belges – RTL Belgium, Le Soir, La Libre Belgique en tête – c'est une "concurrence déloyale".
Ils rappellent qu'en 2017 déjà, le conseil d'administration de la RTBF avait refusé de prendre en régie TF1, arguant qu'il n'était "pas du rôle d’une institution publique de travailler au profit d’un groupe concurrent". La déclaration de politique générale de la majorité MR-Engagés prône "un équilibre global entre le service public, les médias de proximité et les éditeurs privés". Un texte de loi qui, visiblement, n'a pas la même valeur pour tous.
Les comptes annuels 2025 de la RMB révèlent aussi quelques curiosités: une provision de 365 460 euros est mise de côté pour des "litiges avec des membres du personnel". Un chiffre qui, sans plus de détails, laisse imaginer l'ambiance. On y trouve aussi une "réduction de valeur" de 199 000 euros sur la participation de la RMB dans Belgian Media Ventures (BMV), elle-même actionnaire de LN24, une société en difficulté.
L'effectif moyen en équivalents temps plein a augmenté, passant de 86,4 en 2024 à 89,4 en 2025, entraînant une hausse des frais de personnel, de 9,449 millions à 9,835 millions d'euros. Les commissaires aux comptes ont pourtant donné une "opinion sans réserve" sur les comptes 2025. Tout va bien, donc.
Les faibles marges nettes de la RMB, entité quasi-totalement détenue par la RTBF, représentent une occasion manquée d'alléger le fardeau financier de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Au lieu de contribuer significativement, la régie, avec ses 1,85 million d'euros de bénéfice net en 2025 pour 106 millions de chiffre d'affaires, ne permet pas de réduire les 350 millions d'euros annuels que la FWB verse à la RTBF. C'est une manne publicitaire qui s'évapore, laissant le contribuable payer la note d'une entreprise publique qui peine à générer des profits substantiels.
L'accord avec France Télévisions, qui permet à la RMB de commercialiser les publicités des chaînes françaises en Belgique, ne fait qu'aggraver la situation pour les médias privés. Ces derniers craignent un "appauvrissement du marché publicitaire belge", synonyme de "réductions de revenus et donc d’emploi". C'est une distorsion de concurrence où un acteur public, déjà subventionné, vient mordre sur le pain des autres, au mépris de l'équilibre prôné par la déclaration de politique générale.
Au-delà des chiffres, le climat interne, marqué par une provision de 365 460 euros pour "litiges avec des membres du personnel", et les méthodes de recrutement du futur CEO, posent la question de la crédibilité de l'institution. Comment une entreprise publique, garante de la transparence, peut-elle laisser prospérer de telles pratiques? Le rapport des commissaires aux comptes, qui donne une "opinion sans réserve" sur les comptes 2025, semble ignorer ces remous. Une belle pirouette comptable.