La série débute dans la nuit du 21 au 22 août 2026, rue Démosthène à Anderlecht, où le commissariat local sert de cible à une arme automatique. Deux silhouettes juchées sur des trottinettes arrosent la pierre avant de s'éclipser. Le samedi soir, le sifflement du plomb s'invite au croisement des rues Gustave Defnet et du Monténégro pour loger une balle dans la jambe d'un passant.
Le dimanche 23 août, à 7 heures, le réveil sonne sous forme de projectile: une trajectoire perdue traverse la fenêtre d'un appartement au 4 rue Fontainas, manquant de peu une habitante encore au lit. La nuit suivante, la chaussée de Forest résonne à son tour, provoquant l'interpellation de deux suspects. Ce cycle de quatre fusillades en quatre jours transforme le quartier en un stand de tir permanent où la police ramasse les douilles à la cadence du narcotrafic.
Jean Spinette ne décolère pas dans ce qu’il persiste à appeler son « village ». Le maïeur socialiste a passé sa soirée à consoler des enfants attablés à une terrasse de pizzeria pendant qu'un tireur s'évaporait dans la nature, laissant derrière lui une population qui n'ose plus regarder par la fenêtre. Pour lui, la sécurité de base a simplement disparu. Il regarde les impacts au sol, dix-huit marques de mépris pour la loi, et envisage désormais de requérir la police fédérale sur la base de l'article 43 de la loi sur la fonction de police. C’est le dernier recours, le bouton d’alarme qui permet de solliciter des renforts nationaux quand les moyens locaux sont épuisés face à une menace grave et imminente contre l'ordre public.
Le recours à la loi de fer
Cela fait trois ans que le bourgmestre réclame de l’aide, des bras et du matériel. À Saint-Gilles, les policiers procèdent à des saisies et multiplient les arrestations, mais le réservoir du narcotrafic semble inépuisable. L’an dernier, un projectile s’était déjà logé dans les murs d’une école, signe que la guerre des gangs ne respecte plus aucun sanctuaire. Pour Spinette, l'heure n'est plus aux statistiques mais à la survie d'un quartier où tout le monde a entendu les tirs depuis sa fenêtre. Il demande aujourd'hui que la lutte contre cette violence devienne une cause nationale, car ses hommes, bien qu'omniprésents sur le terrain, ne suffisent plus à colmater les brèches d'un système qui prend l'eau.
La victoire par le chaos Au micro de Radio 1, dans l'émission « De Ochtend », le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin déploie une logique qui laisse les riverains pantois. Pour lui, cette pluie de plomb est un bulletin de victoire.
« Cela montre que ça marche », affirme-t-il avec l'assurance de l'administration. Selon cette thèse, l'intensification des tirs prouverait que les réseaux sont aux abois, acculés par la pression des forces de l'ordre. C'est une vision du monde où le chaos devient le baromètre du succès. Le ministre appelle à la détermination et refuse de se laisser impressionner par ce qu'il qualifie de « travail de longue haleine », tout en rappelant qu'il a déjà renforcé les effectifs de la police judiciaire fédérale à Bruxelles.
Des caméras derrière les feuilles Pour éteindre l'incendie, le ministère sort le carnet de chèques: un million d’euros pour installer de nouvelles caméras de surveillance dans la zone Midi. C’est la réponse technologique au sifflement des balles.
Mais la bureaucratie a ses raisons que la sécurité ignore. Bernard Quintin pointe déjà les obstacles: le remplacement des optiques pourrait traîner pendant deux ans. La faute aux arbres, paraît-il, dont les branches cachent la vue des objectifs. On discute de l'élagage des feuilles pendant que les trafiquants calibrent leurs trajectoires à la Kalachnikov. Le ministre demande de cesser de se rejeter la faute, tout en soulignant que la gestion du paysage urbain relève de la responsabilité des élus locaux.
La Belgique s'est installée au cœur du trafic européen, une plaque tournante où les réseaux rivaux ne s'embarrassent plus de discrétion pour régler leurs litiges commerciaux. La violence armée s'intensifie, portée par une criminalité organisée qui transforme les carrefours en comptoirs de la poudre blanche. Pendant que le maïeur attend une visite ministérielle sans cesse démentie par le cabinet de l'Intérieur, les habitants ramassent les douilles. On promet de la détermination, on débloque des budgets pour des yeux électroniques qui verront peut-être le prochain mitraillage, si la nature se montre coopérative. C'est une guerre d'usure où l'État répond par des procédures et des problèmes de jardinage à des hommes qui répondent par des rafales d'armes de guerre.
L’opposition ne goûte guère à la théorie du chaos salvateur. Le PS et le Vlaams Belang exigent désormais que la commission des Affaires intérieures de la Chambre se réunisse pour demander des comptes au ministre. Pendant que les cabinets se disputent sur l'emploi du temps, Bernard Quintin est attendu ce mardi au commissariat d’Anderlecht pour contempler les impacts sur ses propres murs. C’est une pièce de théâtre politique où le décor est désormais planté à la Kalachnikov.
Le risque est celui d'une capitulation par la bureaucratie. Si l'État persiste à répondre au plomb par des promesses technologiques dont l'échéance se perd dans deux ans, le « village » de Saint-Gilles finira par ne plus être qu'un marché à ciel ouvert. La Belgique, devenue le grand carrefour européen de la drogue, voit ses institutions s'enliser dans une impuissance partagée entre le local et le fédéral.
Quand un maïeur en est réduit à solliciter une loi de secours pour espérer des renforts, c'est que la souveraineté ne tient plus qu'à un fil de fer. On ne soigne pas une plaque tournante du crime avec des rapports de commission. Voilà!