Trente hommes contre l'immensité du Groenland, c'est une plaisanterie. Le ministre Theo Francken peut bien annoncer l'envoi de ce détachement, mais face aux ambitions de la Russie et de la Chine dans la course aux ressources et aux routes maritimes, cette patrouille de deux semaines du 4 au 18 septembre 2026 ne pèse rien. Un geste pour la galerie, pas pour la guerre.
Le ministre Theo Francken, l'œil brillant sans doute, a bien annoncé que ces trente-trois hommes, dont des Special Forces, iraient "montrer à Trump" que l'OTAN sait faire le travail. Un travail de deux semaines, du 4 au 18 septembre 2026, à survoler des glaces, à tester des drones et des bidules anti-drones. Un terrain idéal, paraît-il, pour ces jeux de guerre, vu l'immensité du Groenland. Mais l'immensité, c'est aussi ce qui avale les petites troupes sans même un hoquet.
On nous dit que le Canada, le Danemark, la France, la Finlande, les Pays-Bas, la Slovénie et la Suède feront la ronde avec nos Belges. Une belle brochette de nations, certes, mais le Groenland, c'est plus de deux millions de kilomètres carrés. Un mouchoir de poche pour les ambitions de la Russie et de la Chine, qui lorgnent les routes maritimes et les richesses enfouies sous la glace. Trente hommes, même d'élite, pour surveiller un tel morceau de planète, c'est comme envoyer un gamin avec une sarbacane pour chasser l'ours polaire.
Le président américain, lui, avait menacé d'acheter l'île, de l'annexer même, pour la défendre. L'OTAN répond: "Pas besoin, on s'en occupe!". Et nos Belges s'en vont donc faire les sentinelles, les sentinelles d'un théâtre où les vrais acteurs sont des géants. Martin Bernaert, un de ces hommes du peuple qui lisent les journaux, a bien raison de dire que les "actions" belges, entre "l'achat de 16 roquettes" et "l'envoi de 30 militaires", ne font "aucun différence" sur la scène mondiale. Moskou et Pékin vont trembler, c'est sûr.
On parle de "dissuasion". Dissuader qui? Un ours affamé?
Un président américain qui voit le monde comme un catalogue de propriétés à vendre? La vérité, c'est que la Belgique, avec ses trente braves, joue un rôle de figurant dans une pièce où les rôles principaux sont déjà pris. Jacques Pauwels, un autre citoyen, le dit sans fard: "nous sommes la Belgique, pas une grande puissance". Il faut être aveugle pour ne pas le voir.
Cette mission, baptisée "Arctic Sentry", ou "Arctique Sentinelle", se veut un bouclier. Un bouclier en carton-pâte, peut-être. L'île est danoise, membre de l'OTAN.
Si les États-Unis l'attaquaient, ce serait la fin de l'Alliance. Alors, nos soldats ne vont pas défendre le Groenland de Trump, mais plutôt le défendre de l'idée de Trump. Une bataille d'idées, menée avec des drones et des fusils. Une drôle de guerre, pour un drôle de monde.
Ce ballet de trente hommes, même avec leurs drones et leurs airs de forces spéciales, ne trompera personne. Les Michel Jacobs de ce monde savent bien qu'un pays de la taille d'un village chinois, sans l'euro, serait déjà à genoux. Alors, cette « Arctic Sentry », c'est une pièce de théâtre pour faire semblant, une danse pour les galeries, tandis que les vrais loups guettent les proies.