Washington dirige le Venezuela et démantèle le TPI
En janvier, les forces américaines ont mis la main sur Nicolás Maduro.
Depuis, le Venezuela respire un air nouveau, celui de Washington. Delcy Rodríguez, présidente par intérim, a réorganisé l'état-major militaire le 25 juillet. Dans la foulée, le pays, sous la tutelle américaine, s'est retiré du Tribunal Pénal International, une décision saluée par Donald Trump lui-même le 25 juillet.
La souveraineté vénézuélienne, autrefois un cri, est devenue un murmure sous la direction de Marco Rubio, le vice-roi de facto depuis les bureaux de Washington.
Ce n'est plus une question d'influence, mais de mainmise. Washington dicte sa loi, écartant María Corina Machado des pourparlers pour de nouvelles élections. Donald Trump, lui, salue le "travail fantastique" de Delcy Rodríguez, pendant que son administration orchestre le démantèlement du Tribunal Pénal International. Le Venezuela devient un laboratoire grandeur nature de la puissance américaine unilatérale.
Les pourparlers pour une « transition démocratique » s'ouvriront le 1er août. L'administration américaine les soutient. L'opposition, pourtant, n'y sera pas représentée par María Corina Machado, la figure la plus populaire du pays.
C'est Dinorah Figuera, exilée depuis 2018 en Espagne, qui a fait son retour à Caracas pour prendre la tête des négociations. Le Département d'État américain l'avait invitée. La nouvelle a pris de court une grande partie de l'opposition qui avait désigné Machado pour ces discussions.
La Maison Blanche, elle, a découragé le retour de Machado, craignant des troubles civils. Machado avait pourtant offert sa médaille du prix Nobel à Donald Trump en janvier. Voilà comment on bâtit une démocratie, en choisissant ses interlocuteurs.
À Washington, Marco Rubio ne se contente pas de regarder. Le secrétaire d'État, selon le *New York Times*, dirige le Venezuela depuis son bureau, un « vice-roi de facto ». Pendant ce temps, Delcy Rodríguez remanie les forces armées.
Le 25 juillet, elle a nommé le général-major Rubén Belzares Escobar à la tête du Commandement Opérationnel Stratégique, le deuxième poste le plus important de l'armée. Belzares Escobar remplace le général-major Rafael Prieto Martínez, en fonction depuis mars. Rodríguez a aussi changé le numéro deux du Commandement Opérationnel Stratégique, le chef du Commandement Intégré de Défense Aérospatiale et six des huit généraux régionaux.
Le général Gustavo González López, ministre de la Défense, a conservé sa place. Donald Trump a salué le « travail fantastique » de Delcy Rodríguez. Un jeu de chaises musicales, sous l'œil de l'oncle d'Amérique.
Le Venezuela a claqué la porte du Tribunal Pénal International. Washington a applaudi la décision, le 25 juillet, y voyant un renfort à ses propres efforts pour « démanteler le TPI corrompu et inutile ». Félix Plasencia, le nouveau chancelier vénézuélien, a justifié ce départ par un « biais géographique » du tribunal, qui se concentrerait trop sur l'Afrique et l'Amérique latine.
Le Venezuela reconnaissait la juridiction du TPI depuis 2000. L'offensive américaine contre la Cour de La Haye s'est intensifiée après un mandat d'arrêt contre Benjamin Netanyahu, accusé de crimes de guerre à Gaza. Marco Rubio a lancé une campagne pour « démanteler » le TPI, le qualifiant de menace à la souveraineté américaine.
La justice internationale, une affaire de géographie et d'intérêts. Pourtant, la loyauté a ses limites. Des organisations chavistes ont manifesté deux jours de suite, le 25 et 26 juillet, sur la place Bolívar de Caracas.
Elles rejetaient la présence croissante des États-Unis et d'Israël, y voyant une « occupation ». Les manifestants ont brûlé des drapeaux américains et israéliens, piétiné des photos de Trump et Netanyahu, criant « gringos go home ». C'était une rupture avec la discipline habituelle du chavisme.
La présence israélienne, notamment, est inédite depuis la rupture des relations diplomatiques en 2009. L'administration Rodríguez a accepté l'aide internationale après les séismes du 24 juin, qui ont fait plus de 5 500 morts. Washington a envoyé des contingents militaires, Tel Aviv des délégations médicales et d'ingénierie.
L'urgence humanitaire, un prétexte commode pour les vieilles ambitions. Il n'y a toujours pas de calendrier pour de nouvelles élections. La reconstruction du système électoral prendrait au moins huit mois.
Le président Trump a déclaré que le Venezuela n'était « pas encore prêt » pour des élections, malgré des « avancées ». Delcy Rodríguez a créé un poste de premier vice-ministre des Relations extérieures, nommant Oliver Blanco pour renforcer les liens avec les États-Unis. La « transition démocratique » avance à pas comptés, sous haute surveillance.
La souveraineté nationale, elle, se mesure désormais à la docilité. Le Venezuela, autrefois bastion chaviste, se transforme en un laboratoire où Washington teste sa démocratie sur mesure. Triste sort pour un pays qui ne fait que changer de maître, le peuple oscillant entre l'indignation et l'épuisement.